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Offre-Joie ou l’utopie qui se réalise

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Parmi toutes les initiatives visant à faire du Liban un pays citoyen, débarrassé enfin de ce clanisme social et confessionnel qui le ronge, «Offre Joie» tient une place prépondérante.Cette association fut l’une des premières ONG créée en pleine guerre civile, pour œuvrer au rapprochement de jeunes chrétiens et musulmans.

C’est en 1985, dans la tourmente qui mit le Liban à feu et à sang entre 1975 et 1990, qu’un jeune étudiant en droit de 22 ans, Melhem Khalaf, fonde Offre Joie. A l’époque, secouriste à la Croix-Rouge libanaise, le jeune homme voit en quelques heures un adolescent chrétien se faire amputer d’une jambe et un musulman du même âge foudroyé par un obus. « Deux jeunes vies fauchées par la haine. C’était insupportable ! Il fallait faire quelque chose pour casser la logique infernale, » raconte Melhem. Ainsi naît « Offre Joie ».

Bientôt 30 ans qu’ «Offre Joie» multiplie sur tous les points chauds du Liban des rencontres et des chantiers interreligieux, s’imposant comme un espace de dialogue incontournable. Notamment après 2005, où l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, engendra une haine si forte entre le pouvoir et l’opposition – pro et anti-syriens face-à-face- que le pays se retrouva au bord d’une seconde guerre civile, après celle de 1975-1990.

Ce soir, à Kfifane, un village niché au cœur des montagnes du Liban-nord, le fondateur d’Offre Joie et quelques membres de son équipe se retrouvent autour des enfants de différentes confessions, qui durant quelques semaines partagent les mêmes activités.

Andrea, 23 ans, monitrice à la colonie de la paix organisée par l’association dans ce petit village libanais, où l’église fait face à la mosquée, confie son émotion « Quand je vois qu’ici, tous les jours des jeunes chrétiens et musulmans vivent et prient ensemble, alors que leurs parents n’y arrivent pas, j’en suis toute remuée. »

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Luc Balbont avec Melhem Khalaf à Kfifan

En septembre 1997, correspondant à Beyrouth pour différents journaux, j’étais allé rendre visite à Melhem. Son association avait lancé des chantiers interreligieux. Des chrétiens et des musulmans s’activaient autour de projet communs de rénovation de bâtiments publics : écoles de village, clubs de rencontres, salles de réunion, terrains de sport. Pas facile tous les jours m’avait confié Melhem : «  il y a de la méfiance réciproque, des peurs, des préjugés, des bagarres éclatent, il faut constamment être en alerte. » A l’époque le projet faisait sourire et nombreux étaient les sceptiques. Je l’avoue, si l’enthousiasme des protagonistes m’impressionnait, je ne me faisais moi-même guère d’illusion sur l’avenir de l’association, un projet bien naïf à mon goût dans un pays en conflit permanent… J’avais tort, car sans faire de bruit, sans éclats médiatiques, Offre Joie est devenue l’un des piliers de la convivialité libanaise, développant les initiatives, renouant le dialogue entre les habitants d’une même ville au bord de l’affrontement.

Le 17 mars 2007, au grand étonnement des autorités, l’association organise une première chaîne humaine de 1200 personnes afin de relier les principales places de Beyrouth, occupées par les deux camps opposés les pro- Hezbollah, la milice islamique chiite et les partisans du pouvoir, en majorité sunnites, prêts à s’entre-tuer. « Notre objectif est de construire un Liban uni et citoyen, mais pas un pays laïc à l’occidental, car la foi est trop profondément inscrite dans notre vie quotidienne, gravée dans nos gènes, » explique Melhem, qui ajoute : « Les Occidentaux qui ont du mal à comprendre notre besoin de croire, confondent la religion et la confession. Il faut libérer la religion du confessionnalisme, martèle le fondateur d’Offre-Joie. La première est signe d’amour et de tolérance, le second est un enfermement. »

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Karim, jeune chiite, et Joëlle, chrétienne, travaillant ensemble à Offre joie

Joëlle Khayat, 18 ans, étudiante élève infirmière, approuve : « J’habite un village très chrétien et j’étais moi-même une croyante très identitaire. Je suis venue à Offre Joie, car je voulais travailler avec des enfants pour la suite de mes études. La présence des musulmans me mettait mal à l’aise, je voulais partir. Et puis, le 13 avril dernier, l’association a organisé des cérémonies en souvenir des quinze ans de guerre civile qui ont ruiné notre pays. J’ignorais tout de cette histoire. Personne ne m’en avait parlé. C’est en entendant les témoignages et en voyant des photos exposées sur cette période, que j’ai compris que la haine de l’autre était  une maladie mortelle. Je suis restée à Offre Joie et aujourd’hui, je suis convaincue que contrairement à nos parents, nous pouvons vivre dans un Liban uni en devenant réellement des citoyens. »

Karim Traboulsi, 18 ans, musulman chiite du sud, yeux rieurs sous des fines lunettes, écoute son amie : « Comme Joëlle, je me suis inscrit pour avoir, une expérience pratique dans une entreprise. Au fil du temps, l’association et ses membres m’ont aidé à sortir de mon ghetto confessionnel. Ici, je me suis aperçu que j’avais des a priori et des jugements tranchés sur les chrétiens, sans m’en rendre vraiment compte. Aujourd’hui je m’efforce de les combattre. »

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Karim, 18 ans, musulman chiite « aujourd’hui je m’efforce de combattre mes jugements tranchés sur les chrétiens »

Il est plus de minuit. Je reprends la route. Un panneau indicateur marque la direction de Tripoli. En décembre 1997 j’étais venu dans cette ville interviewer cheikh Saïd chaabane, un vieil imam sunnite intégriste, fondateur en 1982  du Mouvement de l’Unification Islamique (MUT). Ses propos envers les chrétiens étaient accablants : «  les Nazaréens (*) se sont trompés, soutenait-il en me regardant agressivement. Ils ne comprennent rien à leur Jésus, qui est d’abord un prophète musulman. De toutes les façons, le pape et les églises d’Occident sont toujours du côté des juifs. Tôt ou tard l’islam gouvernera le monde parce que c’est la seule voie de salut à suivre pour l’humanité ».

Comme j’ai été heureux d’entendre ce soir les propos du jeune Karim, si différents du ceux du vieux cheikh (décédé au début des années 2000). Et même si la citoyenneté islamo-chrétienne n’est pas pour demain, Offre Joie montre qu’elle est possible.

« La preuve, souligne Melhem en me raccompagnant, tu pensais que nous ne durions pas, lorsque tu es venu nous voir pour la première fois 1997. Or nous sommes toujours là. Et sais-tu pourquoi ? Parce que nous accompagnons notre rêve d’une société arabe unie par des actes concrets. Nous sommes des utopistes qui agissent. » Et de fait, à Kfifan, une école accueille aujourd’hui des enfants des familles syriennes réfugiées, qui ont fui leur pays en guerre. Offre joie a aussi franchi les frontières libanaises. Très présente en Irak, l’association projette des actions humanitaires en Égypte. Que de chemin parcouru depuis 1985.

 

(*) Les nazaréens : comprendre « de Nazareth« ; c’est ainsi que les musulmans appellent aussi les chrétiens


L’Œuvre d’Orient soutient l’association Offre Joie

7 commentaires sur “Offre-Joie ou l’utopie qui se réalise

  1. Objet: Appel pour sauver les Chrétiens  » ن  » d’orient (Irak,Syrie,…).

    Azul fellawen,

    Salut,

    Face aux persécutions systématiques dont sont victimes les Chrétiens  » ن  » d’orient (Irak,Syrie,…).

    J’appelle toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté d’agir d’urgence pour sauver les Chrétiens  » ن  » d’orient (Irak,Syrie,…) et leur langue l’araméen (la langue de Jésus-Christ),..

    Cordialement.

    Amazigh.

    Marocain,Berbère (Amazigh),pro-laïcité et admirateur du père Georges Couturier le médecin jésuite de la ville de Temara (Maroc).

    N.B.

    1- Je suis un non-chrétien.

    2- Depuis l’année 2013-2014,je fais un don régulier en faveur d’une église orientale.

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