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Le P.Chihade Abboud, prêtre syrien – Appel à une morale universelle partagée

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Derrière une apparence bonasse se cache une personnalité déterminée. Abouna Chihade (*2), 39 ans, n’hésite jamais à bousculer les conservatismes du christianisme oriental, quand il le faut. En 2004 par exemple, il avait insisté pour être ordonné prêtre dans l’église de Jadidet Artous, son village natal, près de Damas, et non au patriarcat melkite situé au cœur de la capitale, comme le veut la tradition. Une décision qui avait suscité de nombreuses réactions de la part des anciens, mais qu’il n’a jamais regretté: « Je tenais a partager ma nouvelle vie, avec ceux qui m’avaient vu grandir, mes parents, mes voisins, mes amis.” Juriste, penseur, poète, le P. Abboud exprime aussi sans ménagement sa déception, lorsque les patriarches diffusent un communiqué diplomatique, qu’il juge trop mou sur la situation actuelle des Eglises orientales: “ si les chrétiens syriens en cette période de guerre n’ont pas de chefs forts pour les défendre, ils émigreront davantage. Les familles partent, lorsqu’elles n’ont plus d’espoir

Après trois ans d’études universitaires en Italie, où il obtient un doctorat en droit canon, il occupe aujourd’hui, à Damas, un poste de juriste religieux: “ chez nous, si nous respectons la constitution, nous pouvons faire valoir nos droits communautaires dans des tribunaux religieux, explique-t-il.” Chihade Abboud y défend non seulement sa communauté melkite, mais conseille aussi les Eglises maronite et Syriaque catholique.

Le P. Abboud aimerait voir émerger un début de citoyenneté syrienne mais, déplore-t-il, “ Notre Constitution y fait obstacle. Les articles 3-1 et 3-2 stipulent que le président doit être obligatoirement musulman, et pose la chari’a, le droit musulman, comme source principale de toute législation. A partir de là, peut-on parler d’une citoyenneté pour tous ? (*3)” Contrairement au Liban voisin, où monte depuis quelque temps un élan de société civile, la Syrie accuse un retard évident en la matière. Quarante ans de dictature et six ans de guerre continue ont détruit les esprits critiques.

Entre chrétiens et Musulmans le P. Abboud croit et insiste sur le dialogue de vie, et appelle les croyants à partager une “ morale universelle.» Il s’emporte aussi contre la vision naïve des relations islamo-chrétiennes, et recommande“ la fermeté contre ces imams qui profèrent un double discours : conciliant en public, mais qui, dans leur village, leur quartier, envoient des gamins faire le jihad. Le dialogue de complaisance est mensonger. »

L’éducation est seul domaine où il reste un mince espoir », martèle-t-il, et les écoles chrétiennes ont un rôle déterminant a jouer. » C’est pour cette raison, que le prêtre a mis en place, avec un cercle d’amis, un système de parrainages, qui permet à des jeunes défavorisés, d’aller au bout de leurs études. “ Tous les parents du monde désirent donner à leurs enfants la meilleure éducation possible, dit-il.” … Des propos où l’on retrouve ce principe de l’éthique universelle partagée, si cher au P. Abboud.

 

Luc Balbont

 

(*1) Voir dans ce blog mon journal de Syrie (Sept. 2016). Les grecs-catholiques sont aussi appelés Melkites.

(*2) Abouna : père en arabe

(*3) Constitution de 1973, révisée le 26 février 2012 – Article 3-1. La religion du président de la République et l’islam – Article 3-2. Le droit musulman est la source principale de la législation.

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