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Le pari fou des Sœurs du Rosaire

Au Proche-Orient vivent aussi des personnalités et des communautés qui travaillent pour édifier un espace de paix et de citoyenneté.

« AU LIBAN, L’ÉCOLE EST LE CREUSET DE LA CITOYENNETÉ « 

Sur l’autoroute, entre Beyrouth et Tripoli, des affiches publicitaires géantes vantent les mérites d’écoles et d’universités privées : étudiants souriants, cadre idyllique, enseignement d‘excellence, taux de réussite exceptionnel…  Les prix de la scolarité ne sont pas affichés, mais tous savent ici qu’ils sont inaccessibles aux plus pauvres et que les familles s’endettent pour les études de leurs enfants.

Au volant de sa voiture le Père Raymond Bassil maugrée : « Les congrégations religieuses qui prenaient le risque d’ouvrir des établissements dans les campagnes isolées, pour permettre à des familles modestes d’envoyer leurs enfants sans se ruiner dans des écoles de qualité, sont peu à peu remplacées par des entreprises commerciales, pour lesquelles l’enseignement doit être un investissement rentable. »

Pour ce jeune prêtre maronite de 42 ans (1), professeur de théologie dogmatique à l’université de Kaslik, les écoles chrétiennes sont la richesse de son Liban natal, « le creuset de la citoyenneté, dit-il, où chrétiens et musulmans se côtoient sur les mêmes bancs, pour recevoir un même enseignement. »

Voilà pourquoi le P. Bassil ne baisse pas les bras. L’éducation est son combat, et il ne cesse d’interpeller sa hiérarchie, afin qu’elle réagisse. Pour lui, l’Eglise doit persister dans sa mission éducative, et encourager les créations d’écoles, dans les régions pauvres et excentrées. A l’image de ces Sœurs du Rosaire, qui, près du village d’Abdin, au nord du pays, ont osé construire un nouveau collège en 2016, plus grand et plus moderne, pour remplacer l’ancien, vieillot et inadapté. Une folie ! La plupart  des responsables religieux affirmaient alors, que bâtir un établissement scolaire dans un endroit aussi délaissé, était une initiative inutile.

Les sœurs se sont pourtant entêtées, elles ont cherché et trouvé les fonds nécessaires, recruté des enseignants, et fini par atteindre leur but. « Grâce à elles, cinq familles sont déjà revenues dans leur village», s’enthousiasme le P. Bassil.

Nommé directeur spirituel de l’établissement, le prêtre vient une fois par semaine, parler de religion aux élèves. Pour le moment, ils ne sont que 113, en attendant de comptabiliser les inscriptions nouvelles qui ne cessent d’arriver. L’année prochaine des classes supplémentaires seront créées. Et si l’école est encore en travaux, des cars de ramassage vont déjà chercher les enfants dans les villages alentours. La directrice de l’Etablissement sœur Ludgard Rahmé et la supérieure sœur Bernardin Saliba ont œuvré avec tact pour que les familles modestes paient une somme minimum, sans se sentir pour autant assistées.

Comme ces sœurs d’Abdin, d’autres résistent courageusement. Des congrégations de femmes surtout, qui, selon le Père Bassil « jouent un rôle fondamental dans la sauvegarde de ces écoles de campagne, en mettant l’accent sur la convivialité et le vivre ensemble. » Car au Liban, les mentalités changent. Autrefois repliés sur eux-mêmes, ces établissements s’ouvrent, devenant,  au grand dam des traditionalistes, de parfaits exemples de métissages et de compréhensions réciproques entre les différentes communautés.

A 40 kilomètres au nord de Beyrouth, sur les hauteurs de Jbeil, dans le petit village de Beit-Habbak, l’école dirigée par les sœurs missionnaires du Très-Saint-Sacrement s’attache à montrer aux  jeunes chrétiens et musulmans que les voies menant à Dieu, sont multiples.

Au sud de Beyrouth, non loin de Damour, Sœur Mariam an-Nour (*2), directrice du lycée du Carmel de Machraf rappelle que « chrétiens et musulmans partagent les mêmes souffrances, qui les rassemblent au-delà de leurs différences.»

Si la guerre n’éclate pas au Liban, malgré une situation fragile, elle le doit en grande partie à ces écoles religieuses. Le Père Bassil en est convaincu. Pour lui « c’est là que musulmans et chrétiens perçoivent qu’ils appartiennent au même pays, et que leur devoir commun est d’apprendre et d’avancer ensemble.»

Luc Balbont

 

(1) Né en 1975 à Jbeil (Liban). Docteur en théologie, polyglotte (arabe, français, anglais, syriaque, hébreu et grec), auteur du livre « Le Beth-Gazo maronite, chants pour les martyrs 12 é -13 é siècle » paru chez Geuthner.

(2) https://blog.balbont.œuvre-orient.fr/  -lire chronique  22/11/2017 « Sœur lumières »

 

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