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Rencontre avec Fady Noun, journaliste à l’Orient-Le Jour

Au Proche-Orient vivent aussi des personnalités et des communautés qui travaillent pour édifier un espace de paix et de citoyenneté.

Voilà longtemps que je voulais rencontrer Fady Noun, le responsable de la rubrique religieuse à L’Orient- Le Jour, le quotidien francophone libanais. Un parcours d’homme singulier, marqué par la fidélité. Fidélité à un Journal, où il est entré en 1974, à 28 ans, après des études en sociologie à la Sorbonne, à Paris. Fidélité aussi au christianisme, et à l’Eglise maronite qui fait de lui un journaliste engagé, mais libre de paroles. « Un véritable maronite, ce n’est rien d’autre qu’un bon chrétien » assure-t-il, ajoutant qu’en suivant le Christ, « l’homme accomplit toute justice, puisque la justice n’est rien d’autre que l’amour agissant ». Une corrélation fondamentale, qui le pousse à dénoncer parfois, avec François, le carriérisme qui menace l’Eglise institutionnelle.

A bientôt 72 ans (il est né en 1946 à Beyrouth) Fady Noun entame sa quarante-quatrième année de journalisme, et a vécu les quinze années de guerre civile traversée par son pays natal (1975-1990), à l’Orient-le-Jour. « J’ai survécu à la guerre, témoigne-t-il, zigzaguant entre obus, balles et enlèvements, protégé par la main de Dieu, en homme de foi. Jeune reporter, j’ai été envoyé par mon chef de service  sur le terrain, le 13 avril 1975, jour fatidique qui marque le début de la guerre multiforme, qui a dévasté le Liban. »

Ces longues années de guerre ont marqué Fady Noun, qui aujourd’hui se bat pour inciter les autorités du pays à repenser l’histoire de cette tragédie, et à la transmettre aux jeunes générations, pour ne plus qu’elles retombent  dans les mêmes erreurs.

« Beaucoup de mes articles sont hantés -et moi aussi, reconnait-il – par le devoir de mémoire inaccompli, après les horreurs de la guerre. »

Père de cinq enfants, dont une petite trisomique, qui appartient, dit-il,  à « la tribu des verbes de Dieu », c’est avec elle qu’il est descendu, main dans la main en 2005, dans les rues de Beyrouth, pour se fondre dans l’immense foule de manifestants, qui réclamaient pacifiquement le départ des troupes syriennes, et le retour de la démocratie au Liban.

Journaliste, mais aussi essayiste et poète, cette autre manière de prier, Fady Noun a publié plusieurs plaquettes de poésie. En ce domaine ses goûts vont des chrétiens tels Marie-Noëlle ou Jean-Pierre Lemaire, à des auteurs apparemment étrangers à la foi, comme Georges Schéhadé, Marwan Hoss, Jacques Réda ou Mahmoud Darwish, le Palestinien.

Chrétien converti à l’âge adulte par sa rencontre en 1977 avec une communauté de prière issue du Renouveau charismatique, Fady Noun confie que « sa vie a changé une fois pour toutes à ce moment-là », sans pour autant l’entraîner vers des croyances  exaltées. On le sent extrêmement méfiant à l’égard « de ces utopies meurtrières pour lesquelles des générations entières se sont sacrifiées, et dont le XXe siècle a donné d’éclatants exemples, que ce soit  sous la forme du nazisme ou du communisme », ou encore à l’égard du millénarisme venu d’Outre-Atlantique.

Fady Noun a appris par son métier, qui le met face aux réalités du globe et aux détresses humaines, que la foi chrétienne se heurte parfois à des mystères dont elle doit se faire une raison. Le « silence de Dieu » dans les guerres actuelles en Syrie voisine, au Yémen ou en Irak, peut conduire l’esprit au seuil de l’incompréhensible.

« Dieu, écrit-il dans l’un de ses articles, est une réalité inaccessible à la raison. Ou plutôt, inaccessible et accessible à la fois, puisque Dieu s’est fait homme et, comme tel, il ne peut être incompréhensible. Déroutant, mais pas incompréhensible. Il est possible de le lui dire : Je ne  comprends pas, ou encore je ne comprends pas la mort, le cancer, la prière sans écho. Mais on les lui dit comme un être humain dirait à un autre : Explique-toi ! Explique-moi ! ». Et de se demander, poétiquement, en s’inclinant devant le mystère : « pourquoi Dieu parle-t-il à certains en clair, et à d’autres en songe? »

Depuis l’élection de Béchara Raï à la tête de l’Eglise maronite en 2011, Fady Noun voyage. Il accompagne le Patriarche dans ses déplacements. Rome et l’Europe, les Etats-Unis, le Canada, l’Afrique du Sud, l’Australie. Excepté en Terre Sainte, où le citoyen lambda se voit interdit par les autorités libanaises, pour raison de guerre, de poser le pied, il est allé partout. Il ne s’en plaint pas. Fasciné par la théologie de l’histoire, à 72 ans, il pense avoir encore beaucoup à comprendre et à dire.

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