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Rencontre avec Mgr Elie Bichara Haddad, évêque grec-catholique de Saïda

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Au Proche-Orient vivent aussi des personnalités et des communautés qui travaillent pour édifier un espace de paix et de citoyenneté.

«  Saïda reste encore marquée par le confessionnalisme. En sortir demandera du temps »

Saïda, capitale régionale du Liban sud, troisième ville du pays. 60 000 habitants, dont 3000 chrétiens environ, grecs-catholiques pour les deux-tiers. Dans cette ville majoritairement musulmane, marquée par la présence du clan Hariri, dynastie sunnite issue de l’après guerre civile, qui a donné deux premiers ministres au Liban (*1), il n’est pas facile tous les jours de vivre son statut de minoritaire. Évêque melkite (*2) de Saïda,  au sud Liban, Mgr Elie Bichara Haddad en convient, « Saïda reste profondément confessionnelle. » La cité a beau avoir tourné le dos aux massacres interreligieux, qui dans les années 80 obligèrent un grand nombre de chrétiens à fuir la ville et la région, les mouvements civils ont du mal à se faire une place. « Il y a bien eu une tentative de fédérer des jeunes chrétiens, sunnites, chiites ou druze autour d’un projet citoyen, il y a cinq ou six ans,  explique Mgr Haddad, mais l’initiative a tourné court, faute d’un vrai leader et rongée par des conflits internes. Si Beyrouth s’ouvre peu à peu, à la citoyenneté, ici, le facteur religieux domine encore.» 

Évêque de la cité depuis 2006, Mgr Haddad, 58 ans,  reconnait pourtant que les rapports entre minorité chrétienne et majorité musulmane se sont améliorés après la guerre civile (1975-1990) et l’attaque israélienne de juillet 2006 , soulignant entre autres exemples, l’existence d’un comité mixte de relations et d’études islamo-chrétiennes, en lien avec l’université jésuite Saint-Joseph de Beyrouth. Il ajoute encore que « les dirigeants chrétiens et musulmans s’invitent mutuellemment à leurs fêtes respectives » mais constate aussi que « la communauté chrétienne pèse aujourd’hui bien peu, dans les décisions politiques importantes de la ville.»

Titulaire d’un doctorat en droit canonique et civil obtenu à l’Université Pontificale de Latran, à Rome, en 1994, Mgr Haddad, remarque une fois de plus, que c’est dans le domaine de l’Education que les chrétiens jouent un rôle capital, donnant l’exemple de l’école de Kfar Nabrakh (*3), dirigée dans la région par des religieux chrétiens, pour des enfants de familles musulmanes druzes pauvres, qui reçoivent un enseignement gratuit.« Ces initiatives de vie quotidienne rapprochent les croyants, bien plus que les discours politiques,» affirme Mgr Haddad

Pour l’évêque, défenseur de la société  civile, comme le fut avant lui, Mgr Sélim Ghazal, son prédécesseur à l’évêché de Saïda, le Liban est sur la bonne voie. Vingt-huit ans après la fin de la guerre civile, les libanais n’ont plus envie de se faire la guerre. Les jeunes musulmans prennent peu à peu conscience qu’une religion ne constitue pas leur identité. Et les récents problèmes entre les communautés musulmanes, chiites et sunnites, n’ont pas dégénéré en conflit armé. « Il y trente ans, les gens ici auraient sorti les armes.  Preuve que les mentalités ont positivement évolué, se réjouit le religieux. Les jeunes Libanais ne sont plus manipulables comme l’étaient leurs parents. » Mgr Hadad tempère quand même son propos. Pour lui, la situation reste fragile. Et le chemin d’une paix stable et durable «demandera encore beaucoup de temps, dit-il. On ne sortira pas du communautarisme du jour au lendemain.»

Luc Balbont

(*1) Rafic Hariri de 1992 à 1998 et de 2000 à 2004 et son fils Saad en poste depuis 2016

(*2) Grec-catholique

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