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Et si Dieu était une femme ?

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Depuis un mois, je suis plongé dans le livre de Nayla Tabbara (*), L’islam pensé par une femme. Sa lecture me fascine. Le chapitre premier surtout, « Dieu au-delà du genre », où l‘auteure se pose cette question : Dieu pourrait-il être une femme ? Théologienne musulmane sunnite, à l’origine de la création en 2006, avec le père maronite Fadi Daou de la fondation libanaise Adyan (les religions), Nayla Tabbara aime réinterpréter les versets du Coran à la lumière de la modernité, en s’appuyant sur les  écrits des réformateurs. Elle explore notamment les textes des sociologues, des historiennes, des exégètes et des féministes musulmanes. Des anciennes comme Oum Salama, l’une des épouses du prophète, qui regrettait « que le Coran ne parle qu’aux hommes » ou de l’irakienne du VIIIème siècle, Rabi’a al Adawiyya qui affirmait qu’elle n’avait besoin ni de la crainte de l’enfer ni de l’espérance du paradis pour aimer son Créateur.

Nayla Tabbara met aussi en évidence des figures de femmes de l’islam contemporain comme la sociologue marocaine Fatima Mernissi, décédée en 2015, mais dont l‘œuvre inspire aujourd’hui toute une génération de jeunes universitaires (lire l’encadré ci-dessous), sa compatriote Asma Lamrabet médecin, essayiste, et présidente du Groupe international d’étude et de réflexion sur les femmes en Islam (GIERFI) , l’américaine Amina Wadud, première musulmane à conduire une prière mixte en mars 2005 aux Etats-Unis soulevant la colère des imams traditionnels, ou la pakistano-américaine Riffat Hassan, toutes grandes figures du féminisme musulman.

Dès les première phrases de son livre, elle construit son argumentation d’une féminité divine à partir d’un texte de la chercheuse en islamologie d’origine syrienne Afra Jalabi,  qui féminise Dieu dans l’un de ses articles (*1) en le nommant « la Miséricordieuse »  ou « la pleine de miséricorde ». Nayla Tabbara, que j’ai souvent rencontrée à Beyrouth (*2), développe cette possibilité sur la raison coranique : puisque, selon le Livre sacré des musulmans « Dieu est au-delà de tout, écrit-elle, plus grand que toutes les conceptions et les projections que nous avons sur Lui, pourquoi vouloir Le réduire à  une condition masculine, puisqu’Il n’a pas de genre défini ? »  Pour justifier son propos, elle cite le grand poète soufi égyptien du XIIème  siècle Ibn al-Farid, qui écrivait des odes d’amour au Divin en lui donnant des prénoms féminins, Salma ou Layla… « Quand elle s’en est allée toute paix m’a glissé entre les doigts.» dit l’un de ses poèmes.

En lisant les lignes de Nayla Tabbara, me reviennent les visages de ces femmes arabes ou persanes que je rencontre régulièrement dans les pays musulmans. A la douceur de leur propos, à leur ouverture d’esprit, à leur façon de sourire et d’accueillir. A toutes ces anonymes algériennes, marocaines, tunisiennes, libanaises, égyptienne, irakienne, syrienne, jordaniennes, qui ont reçu l’étranger que je suis avec tant de bonté et de délicatesse. Dieu serait donc femme !  Même si  l’idée fait bondir d’horreur les conservateurs, elle me convient tout à fait.

Luc Balbont

(*)  Avec  la collaboration de Marie Malzac – Ed. Bayard Culture – 224 pages – 16,90 €

(*1) http://www.alhkeka.com  en arabe

(*2) Lire : Nayla Tabbara, une féministe exégète du Coran  du 2 août 2016 –https://blog.balbont.oeuvre-orient.fr/

ENCADRE 

Fatima Mernissi – Née en 1940 à Fès (Maroc). Auteure entre autres de « L’Amour dans les pays musulmans » » 2009 et « La peur-modernité : conflit islam-démocratie » 1992, Albin-Michel/ Le Fennec.

Asma Lamrabet – Médecin née en 1961 à Rabat (Maroc). Auteure en 2012 de « Islam et Femmes, les questions qui fâchent » Editions al-Bouraq.

Amina Wadud –  Afro-américaine née en 1952 aux Etats-Unis, convertie à l’islam en 1972. Professeur d’études islamiques, militante de l’égalité homme/femme en islam.

Riffat Hassan – Née en 1943 à Lahore au Pakistan –  A publié différents articles sur le féminisme en islam dans de nombreuses revues.

Afra’ Jalabi –  Née en 1970 en Syrie, opposante au régime de la famille Assad, elle vit au Canada, où elle dirige la prière les vendredis dans les mosquées, et s’intéresse au dialogue avec les autre religions.

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