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De Jérusalem, le P. David Neuhaus, Israélien et jésuite, livre son analyse sur la guerre à Gaza

Sa famille juive ayant fui l’Allemagne nazie en 1936, pour se réfugier en Afrique du Sud, c’est à Johannesburg, le 25 avril 1962, qu’est né David Neuhaus. Dans ce pays, où la communauté noire était alors rejetée, il éprouve ses premières répulsions pour les politiques d’apartheid ?

Au sortir de l’adolescence, ses parents l’envoie en Israël pour poursuivre ses études. A la suite d’une rencontre avec une religieuse orthodoxe russe, il découvre plus profondément le christianisme « j’ai été baptisé 12 ans après, précise-t-il, par respect pour mes parents. Je leur avais promis que j’attendrai 10 ans. »

Docteur en sciences politiques, il entre en 1992, dans la Compagnie de Jésus. Ordonné prêtre en septembre 2000, après des études au Centre Sèvres à Paris, et à l’Institut biblique pontifical à Rome.

Pour David Neuhaus la solution à ce conflit repose, non sur la création d’un Etat palestinien à côté d’un Etat israélien, mais il insiste plutôt sur une égalité totale où les deux communautés bénéficieraient des mêmes droits dans un pays unique, sans discrimination.

Père Neuhaus, vous êtes Israélien et Jésuite. Quelle serait selon vous la solution pour que les communautés juives et palestiniennes nouent un véritable « Vivre ensemble » ?

Je ne crois plus à la solution à deux états. Depuis 1948, avec ses conquêtes successives, Israël a fini par coloniser la Terre sainte pour en faire un Etat juif, notamment avec la politique de l’actuel gouvernement du Premier ministre composé de colons extrémistes, un pays où les Palestiniens sont considérés comme des intrus.

Si un Etat palestinien était créé dans les conditions présentes, où le Hamas et l’Autorité palestinienne ne cessent de s’affronter pour le pouvoir, serait-il vraiment démocratique ? Je n’en suis pas sûr ! Pour moi, la solution repose d’abord sur une égalité parfaite dans un pays unique, où les deux communautés bénéficieraient des mêmes droits et des mêmes devoirs. Les Palestiniens ne doivent plus être regardés comme un « sous peuple », qu’on peut exclure, déplacer et piller à loisir. Il faut changer de logiciel.

Quel rôle pourrait jouer la communauté chrétienne en Israël dans la solution que vous proposez ?

L’Eglise a une véritable mission, une mission sacrée.  En affirmant constamment que la guerre n’est pas notre destin, et que l’homme n’est pas destiné à la violence. Tous les hommes et toutes les femmes sont créés à l’image de Dieu, juif comme arabe, Israélien comme Palestinien.

L’Eglise a une vision irremplaçable, qui reconnait le droit de construire un idéal partagé, vécu par les deux peuples.

Que penser du plan Trump, qui consisterait à expulser les Palestiniens, vers notamment la Jordanie et l’Egypte, voire l’Arabie saoudite ?

Ce n’est pas un plan. C’est une intuition d’intérêt politique, une solution de mépris, qui ne prend absolument pas en compte l’humanité du peuple palestinien, une proposition colonialiste. En Cisjordanie, les colons israéliens ont déjà déplacé près de 40.000 Palestiniens, considérés comme des indigènes sans importance, transférables à loisir.

Peut-on espérer la fin de ce terrible conflit qui date depuis 1948, et mettre fin à ce bilan désastreux ?

Cette guerre ne se terminera que lorsque la société israélienne sera consciente qu’il est immoral et impossible de garantir sa sécurité par la violence, et l’assujettissement du peuple palestinien.

Israël bombarde et prive de liberté des femmes et des hommes qui ont les mêmes droits que nous.  Cette Terre dite Sainte, est habitée par un autre peuple qui doit être absolument intégrer.

Propos recueillis par Luc Balbont