à propos de ce blog

Né le 23 avril 1949, journaliste. Arabisant, Luc Balbont vit depuis 1989 entre la France et le Liban, pays où réside sa famille. En 40 ans de journalisme il a couvert une grande partie des évènements et des bouleversements du monde arabe, de la guerre du Liban (1975-1990) aux révolutions arabes de 2011. Il a reçu en 2006 le prix « Reporter d’espoir » pour des reportages effectués en Egypte et en Palestine, et le prix littéraire de l’œuvre d’Orient en 2012, pour le livre « Jusqu’au bout » (Nouvelle Cité),entretiens avec Mgr Casmoussa, archevêque syriaque catholique de Mossoul. Il est actuellement correspondant à Beyrouth pour le quotidien francophone algérien « Liberté ».

Le pape François aux Emirats Arabe Unis, le réchauffement des relations entre Al-Azhar et le Vatican

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Du 3 au 5 février 2019, les Emirats Arabes Unis ont accueilli le pape François, première visite d’un chef de l’Eglise catholique dans un pays du Golfe arabe. Suite à cet événement historique, le souverain pontife remettra, le 26 mars prochain, la plaque de grand commandeur de l’ordre de Pie IX à Mahmoud Abdel Salam, ancien conseiller du grand imam de la mosquée Al-Azhar du Caire.

Créée en 1847 par le Pape Pie IX, cette distinction récompense une personnalité qui contribue par son action et son rayonnement, à maintenir la présence des chrétiens dans le monde. Dans la liste des distingués, on trouve notamment l’émir algérien Abdelkader qui sauva des centaines de chrétiens lors des massacres druzes à Damas en 1860, ou Lech Walesa, l’ex-président polonais, tombeur du communisme en Europe de l’Est entre 1981 et 1989.

Ancien conseiller du grand imam d’Al-Azhar, Mahmoud Abdul Salam recevra cette décoration pour son travail accompli dans le domaine du dialogue interreligieux. Grâce à son sens de la diplomatie, sa connaissance du monde chrétien, et son humanité, ce juriste a patiemment retissé les liens entre l’Eglise romaine et la grande institution égyptienne, symbole de l’islam sunnite. Des liens rompus sous le pontificat de Benoît XVI, après le discours à l’université allemande de Ratisbonne, en septembre 2006, où le prédécesseur de François, devant un parterre d’érudits, avait voulu démontrer que l’islam était incompatible avec la raison, en s’appuyant sur une controverse, datant du XIVe siècle, entre un empereur byzantin et un lettré musulman iranien. Dans la foulée, un certain nombre de pays musulmans, ayant rejeté la rhétorique papale, rappelèrent leurs ambassadeurs de Rome. Et Al Azhar coupa ses relations avec le Vatican.

L’élection de François en 2013 réchauffa peu à peu les rapports. Des deux côtés le travail des émissaires permit de restaurer un timide début de dialogue. La visite à Rome, en mai 2016, du grand imam d’Al Azhar, Al-Tayeb, marqua la première étape d’une réconciliation, définitivement confirmée le 3 février 2019, par la venue de François à Abou Dabi. Un pape reçu conjointement avec le sheikh Tayeb par l’émir Al Nahyane, héritier de la famille fondatrice du petit Emirat.

Dans son discours de remerciement François devant des dignitaires religieux chrétiens, musulmans et juifs rendit hommage non seulement aux dirigeants arabes présents, mais aussi au docteur Mahmoud Abdel Salam dont l’efficace travail diplomatique aboutit à effacer ces sept années de tensions.

Fin mars, le pape s’envolera pour le Maroc un autre pays musulman, sunnite lui aussi…. Il ne reste plus maintenant qu’à attendre la visite de François à Téhéran. Une possibilité envisageable ? Il y a quelques jours, le pape a reçu à bras ouvert, la famille de l’imam irano-libanais Moussa Sadr, icone du chiisme mondial, qui attend son retour comme un Messie, après sa mystérieuse disparition dans le désert libyen, en 1978.

Luc Balbont