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Médecins Sans Frontières chassé de la bande de Gaza - Entretien avec Michel Lacharité, responsable des opérations d’urgences à MSF.
Au téléphone, la statistique avancée par Michel Lacharité, le responsable des opérations d’urgences à « Médecins Sans Frontières » donne le frisson : « Rien qu’en 2025, nous avons effectué un total de 900.000 consultations, dont 53.000 ont abouti à une admission dans un hôpital soutenu par notre association. » … Le bilan est désormais définitif, puisque sur décision du gouvernement israélien, dominé par les extrémistes, MSF est interdit de travailler sur la Bande de Gaza, depuis la fin du mois de février 2026.
Créé en 1971, par une bande de jeunes médecins sensibilisés par des terribles images de la guerre au Biafra, qui opposait alors l’armée locale à des sécessionnistes de la partie du sud-est du Nigéria, en Afrique, MSF est devenue au fil de son histoire, une association respectée et écoutée.
PLUS DE 6000 AMPUTATIONS, DONT 15% D’ENFANTS
Si MSF essaime aujourd’hui, dans près de 70 pays du monde en proie à des conflits, et que son sigle s’est imposé durablement sur la planète, couronnée notamment par le Prix Nobel de la Paix en 1999, c’est surtout après le conflit ouvert entre le Hamas et l’armée israélienne du 23 octobre 2023, que la Palestine devient une de ses missions prioritaires.
Exclue depuis fin février 2026 de la Bande de Gaza et de Cisjordanie, pour ne pas avoir communiqué au gouvernement israélien la liste des noms de ses employés, l’organisation n’est pas n’est pas la seule bannie de la petite bande martyre (*1).

Médecins Sans Frontières qui a déjà renvoyé son personnel international, une quarantaine de personnes en tout, emploie également près de 1400 locaux, des Palestiniens travaillant dans ses différentes structures à Gaza : 2 hôpitaux de campagne installés par MSF, 5 autres appartenant au ministère de la Santé palestinien soutenus par l’association française, et 4 centres de consultation. Comment le gouvernement de Netanyahou, qui a déjà interdit à la presse internationale de travailler dans la Bande pouvait-il accepter des témoins étrangers assister à ce massacre et à ce flot de manœuvres illégales ? « D’après le ministère palestinien de la Santé poursuit le responsabledes urgences, 6009 personnes, dont 15% d’enfants, ont subi une amputation d’un membre depuis le début du conflit. Des opérations délicates qui nécessitent une rééducation de long terme, à laquelle s’ajoute une énorme activité dans la collecte et la distribution d’eau. Nous distribuons 4000 m 3 d’eau potable par jour. Nous nous occupons aussi des grands brûlés, et de la chirurgie plastique. A Gaza, 1 lit sur 5 est soutenu par MSF. » A partir de mars prochain, comment ces hommes, ces femmes et ces enfants pourront-ils bénéficier d’un accès digne aux soins dont ils ont besoin ?

« NOUS NE POUVONS PAS LAISSER TOMBER LES GAZAOUIS »
Les difficultés ont beau s’amonceler, Michel Lacharité ne baisse pas les bras : « Même si les conditions deviennent plus difficiles, nous continuerons à aider les gens de Gaza. Nous utiliserons notre stock de médicaments et nos équipes nationales travailleront tant que les conditions de sécurité, le permettront. Nous ne pouvons pas laisser tomber les Gazaouis. »
Luc Balbont
(*1) avec MSF, 37 associations internationales sont exclues par le gouvernement Israélien de la Bande de Gaza en février, parmi lesquelles figurent entre autres Handicap International et Oxfam, le Norwegian Refugee council care, ou World Vision etc …