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Histoire d’une alliance méconnue : le sionisme chrétien

Rencontre avec Laurent Tessier, auteur de l’ouvrage « Le sionisme chrétien. Histoire d’une alliance méconnue (XIXe-XXIe siècle), » co-édité aux éditions Labor et Fides et aux Presses de l’Université de Montréal, 2026.

Docteur en histoire des religions, c’est en Angleterre et sur le continent nord-américain, au Canada et aux Etats-Unis, les trois lieux de naissance du sionisme chrétien, que Laurent Tessier, diplômé de l’Ecole pratique de hautes études de Paris et de l’Université de Montréal, a mené ses recherches pour faire de sa thèse un livre destiné à un public plus large.

 Il a notamment travaillé à Montréal et à Ottawa, au Canada, où il a pu bénéficier d’archives inédites. Un travail colossal, riche d’auteurs anglophones à découvrir absolument.

Q - Dans la riche bibliographie de votre livre, les auteurs français sont les grands absents…

Le livre français écrit entièrement sur le sujet est celui de Celia Belin « Jésus est juif en Amérique » paru en 2011 chez Fayard.  J’avais d’ailleurs rencontré l’autrice pour mon travail. Mais les ouvrages en langue française sur le sujet sont rares, ou réduits (*1).

Q- Pourquoi ?

Parce qu’en France, contrairement aux pays anglo-saxons, la religion n’est pas considérée comme un facteur déterminant. Politiques et journalistes français mettent souvent en avant les questions sur les enjeux de la laïcité, et les débats se résument souvent à mettre face-à-face des gens favorables ou défavorables, sans prendre la peine d’analyser en profondeur les parcours, et en reléguant les influences religieuses à des problèmes secondaires.

Q- C’est ce que vous avez ressenti en travaillant sur le continent nord- américain ?

Oui, et durant les années où j’ai rencontré des chercheurs nord-américains.

En France, les médias font parfois allusion au sionisme en évoquant les évangéliques américains, mais sans s’étendre vraiment sur le sujet.

C’est lors de l’un de mes séjours au Canada, en 2015 que j’ai mesuré l’ampleur du phénomène. Le sionisme était présent dans la politique étrangère du gouvernement de Stéphen Harper, le Premier ministre canadien de l’époque, qui avait porté au plus haut et de la manière la plus intransigeante le soutien à Israël.

Q- Selon vous, la religion devrait mériter une plus grande attention dans les analyses politiques

C’est une question importante, qui ne peut pas être négligée. Car elle est un puissant ferment de mobilisation et d’engagement au service de la paix comme de la violence

Rien qu’à ce titre, la religion mériterait une plus grande attention, qui aille plus loin que l’anathème par lequel on clôt trop souvent le débat.

Q- D’où votre choix pour ce sujet ?

Je m’intéresse aux relations internationales, et particulièrement à la géopolitique des religions — La manière dont les acteurs religieux agissent, les représentations du monde et de son organisation dont ils sont porteurs, la façon dont leurs références et leurs valeurs nourrissent leur engagement.

Le thème lui-même est capital. Le conflit israélo-palestinien, et plus largement la question de Palestine est un fait historique et d’actualité, dont l’Europe est témoin depuis des décennies. On le présente souvent comme l’affrontement de deux nationalismes, ce qui suggère, par l’expression même de « conflit israélo-palestinien », une opposition à peu près équilibrée entre Arabes musulmans d’un côté et juifs israéliens de l’autre. La réalité est bien plus complexe, mais on prend rarement le temps de s’y arrêter.

Le sionisme chrétien vient précisément briser cette vision binaire, en introduisant une tierce partie : la partie chrétienne, longtemps extérieure au Proche-Orient. Elle met pourtant en lumière le rôle activement pro-sioniste des chrétiens anglo-saxons en l’occurrence, depuis le milieu du XIXe siècle.

Parler du sionisme chrétien, c’est aussi redonner leur place aux chrétiens arabes de Palestine, qui y voient aujourd’hui l’une des principales menaces à leur existence.

Q- Et le Canada ?

Dans ce vaste ensemble, le Canada reste un angle mort : tout s’écrit depuis les États-Unis. Or ce pays est un cas passionnant.  Un pays du Commonwealth, héritier du monde britannique et voisin de l’évangélisme américain, où ces réseaux ont prospéré. Mon travail à Montréal m’a aussi ouvert des archives précieuses, introuvables en France.

Q- Combien d’années de travail ?

Une dizaine d’années de travail. Mes recherches débutent en 2016, je soutiens ma thèse en 2024, et le livre paraît, deux ans plus tard, en 2026. J’ai élargi mon travail aux Etats-Unis, avec le but de rendre accessible ce livre à un large public.

Luc Balbont

(*1) citons aussi les livres du professeur Lionel Ifrah : « Moïse à Washington, les racines bibliques des Etats-Unis » ou « Sion et Albion – Juifs et Puritains attendent le Messie » Honoré Champion