• Non classé

« Et si Daech conquérait Byblos ? »

Au Liban, c’est l’un des lieux qu’il ne faut surtout pas manquer. Située au bord de la Méditerranée, entre Beyrouth et Tripoli, Byblos reçoit chaque année des milliers de visiteurs. Une ville mythique d’un Orient rêvé et « compliqué », comme le sont aussi Babylone, Samarcande, Ephèse ou Ispahan. Un rendez-vous avec l’histoire qui nous fait mieux comprendre le temps présent.

Sur la Byblos phénicienne (la Jbeil des Arabes)*1, que n’a-t-on pas dit, écrit et rapporté. Byblos serait ainsi la plus vieille cité du monde toujours habitée, vieille de 7000 ans selon les historiens. C’est aussi ici qu’aurait été inventé l’alphabet. La thèse est parfois mise en doute, qu’importe ! L’histoire n’est-elle pas une science  évolutive, faite de découvertes nouvelles, qui remettent en question les certitudes antérieures ?…

… Mais je n’ai pas envie de parler du prestigieux passé de la Byblos devenue Jbeil, de ces périodes phénicienne, grecque, romaine, byzantine, croisée, arabe, ottomane qui ont marqué la ville. Toutes ces civilisations successives, on peut en retrouver la trace dans les multiples ouvrages écrits par des historiens, des écrivains, des voyageurs, des journalistes. Pas envie non plus de décrire les temples, les théâtres, et les édifices en ruines qui pullulent dans la ville. De ces peuples puissants et dominants qui ont vécu ici, il ne reste que ces lambeaux de murailles. A méditer pour tous les pharaons actuels qui construisent des tours, des empires industriels et d’imposantes villes nouvelles, sans se préoccuper des hommes. La puissance est mortelle... Alors que Jbeil; 7000 ans d’âge est toujours bien vivante, avec des hommes et des femmes d’aujourd’hui. Une ville moderne avec ses commerces, ses cafés, ses restaurants, ses écoles, ses hôpitaux, ses plages, son port, son flot d’automobiles, son souk, ses bars branchés, sa vie nocturne, son festival d’août, sa jeunesse pleine de projets. 7000 ans d’histoire avec des guerres et des conflits, des drames, des batailles, des invasions et des conquêtes, comme aujourd’hui les voisines syrienne et irakienne, touchées par la guerre civile, et dont les réfugiés peuplent la ville.

Chaque fois que je me rends à Jbeil, proche de mon domicile, je vais m’asseoir face aux colonnes d’un temple grec, à l’entrée du souk. Juste derrière moi la petite mosquée sunnite du cheikh Lakis. Cinquante mètres plus bas une superbe église byzantine. Aucune guerre, aucune bataille ont effacé ces lieux de prières. Aucune armée, aucune milice, aucun conquérant n’ont osé détruire ces témoignages divins, repères immuables pour les hommes. À Jbeil, les églises et les mosquées se font toujours face.

[caption id="attachment_640" align="alignleft" width="480"]Colonnes grecques devant la mosquée Colonnes grecques devant la mosquée.[/caption]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet été, un ami français est venu me rendre visite. Assis à mes côtés, à ma place habituelle, devant les colonnes grecques, il a soudain entendu l’appel du muezzin du minaret de la mosquée qui faisait suite au son des cloches de l’église byzantine. Il était émerveillé. L’église des chrétiens et la mosquée des musulmans, dont j’ignore les noms et les dates de construction continuent d’appeler chaque jour à la prière devant les ruines d’un temple grec : un miracle qui dure depuis  1400 ans. Un message indestructible… Indestructible ? Sauf si Daech parvenait  à conquérir la ville.  À Jbeil, les habitants n’y pensent pas. Et les soirs d’été, les rues et les cafés de la vieille ville continuent à se remplir d’une foule avide de vie et de beauté. L’esprit de de la cité est éternel.

[caption id="attachment_641" align="alignleft" width="478"]Mosquée de Jbeil Mosquée de Jbeil[/caption]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Luc Balbont

*1/ J’ai féminisé la ville.