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L’ŒUVRE D’ORIENT : 170 ANS AU SERVICE DE L’EDUCATION

Savoir lire pour comprendre le monde

Dans un Moyen-Orient tourmenté par les guerres et les conflits tout au long de son histoire, l’Œuvre d’Orient continue de soutenir des projets éducatifs et de financer des écoles depuis 170 ans.

Par Luc Balbont.

A lire également dans le bulletin de l’Œuvre d’Orient N° 823, l’article qui retrace les 170 ans d’histoire de l’œuvre d’Orient.

 Créée le 4 avril 1856 à Paris, l’Œuvre d’Orient vient de souffler ses 170 bougies. Sa toute première réunion rassemblait 75 personnes à Paris. Des intellectuels chrétiens oubliés aujourd’hui, mais conscients déjà, que d’assurer la paix et la vie commune en Orient, passait par les écoles et le savoir.

 En 170 années, l’Œuvre d’Orient aura traversé deux guerres mondiales en 1914 et 1940, quinze ans de guerre civile au Liban entre 1975 et 1990, des changements de régime, subi des massacres, des dictatures et des occupations étrangères. Pourtant, en dépit de cette multitude de catastrophes, l’Oeuvre continue aujourd’hui de soutenir des centaines de projets éducatifs par an. Au Liban, en Turquie, en Palestine, en Irak, en Jordanie, en Egypte, mais aussi en Inde, en Arménie, en Ukraine, en Roumanie, et dans certains pays d’Afrique… Une présence dans 23 pays où vivent des communautés chrétiennes. Dans ces régions, où tant d’initiatives généreuses ont été à jamais brisées par des évènements tragiques, l’œuvre n’a cessé d’incarner l’espoir d’une école accessible, promesse d’un avenir possible et durable pour un grand nombre d’enfants, issus souvent de familles modestes.

Des écoles pour les filles : une vision prophétique pour l’époque

La mission est clairement définie dès le premier bulletin, publié en novembre 1857.

En s’appuyant sur les missions des Lazaristes et de la congrégation des Filles de la charité au Levant, qui avaient déjà ouvert des écoles dans différentes villes de l’empire ottoman, l’objectif premier de « L’œuvre des écoles d’Orient » était de soutenir ces établissements chrétiens, en leur apportant une aide matérielle, mais aussi un soutien moral, insistant notamment sur l’éducation des jeunes filles. « Il me semblait, écrit Louis-René Etienne, que pour exercer une action efficace en faveur des écoles, il fallait s’occuper de la génération naissante, en ouvrant entre autres des écoles de filles. C’était à mes yeux introduire une grande nouveauté dans les usages des Orientaux, et d’en modifier les idées au profit de la civilisation. » Une vision prophétique, alors que le féminisme n’occupait pas encore à l’époque dans les pages des médias, l’espace qui lui est réservé aujourd’hui.

L’autre visée fondamentale de cette nouvelle création, était de déconstruire la vision fanatique de certains groupes de musulmans extrémistes et de « faire cessez toute persécution pour cause religieuse, » écrit M. Etienne. Une réflexion visionnaire des fondateurs où les enfants de différentes confessions recevaient un enseignement commun, assis côte à côte dans une même salle de classe, une façon pacifique d’inculquer aux jeunes Orientaux un sentiment de citoyenneté dans ces pays où le communautarisme prime.

 Le témoignage recueilli en 2017 de Mahmoud Chibargi, un dentiste libanais de Tripoli illustre bien ce sentiment. Chaque année, au moment de Noël, ce musulman sunnite rend visite au directeur et à ses anciens professeurs pour les remercier : « Cette école chrétienne m’a conduit à la faculté de médecine. Je ne peux pas l’oublier. J’ai d’ailleurs inscrit mes enfants à ce même collège Saint Elie. » (Blog Balbont du 12 décembre 2014).

L’enseignement du français : un atout capital pour le rayonnement de la France

L’enseignement en langue française dans ces écoles a été un atout capital pour le rayonnement de la diplomatie française, soutenu même dans les périodes les plus hostiles à l’Eglise, comme le rappelle Charles Personnaz, directeur de l’Institut National du Patrimoine et président du Conseil d’orientation pour les écoles d’Orient, un organisme qui défend, en partenariat avec l’Etat, l’enseignement du français. Même si la langue anglaise progresse et que des établissements ouvrent des sections dans la langue de Shakespeare, la francophonie reste un atout. « Parce que le Français est une langue de culture et pas seulement un véhicule utilitariste assure M. Personnaz, une langue qui aiguise l’esprit critique, et porte aussi des responsabilités sociales comme l’accueil de tous, et notamment des plus faibles. »

L’œuvre aujourd’hui.

Rien que pour le Moyen-Orient, 271 écoles en moyenne par an bénéficient de ce fonds pour les écoles d’Orient, créé en 2020 avec l’appui de l’œuvre d’Orient. « Nous attribuons une subvention de 10.000 euros pour chaque école par année scolaire. Le montant peut varier et augmenter selon les besoins des établissements, » confie une responsable.

Il existe aussi des mesures de solidarité, où des familles aisées assument en partie des frais de scolarité d’élèves en situation de précarité.

Pour répondre aux difficultés des écoles catholiques accentuées par les conflits, le Covid, et une situation économique désastreuse, l’œuvre a réactivé également les parrainages scolaires ; aujourd’hui environ 1000 enfants de familles modestes de toutes confessions en bénéficient.

Dans les villages reculés, l’œuvre d’Orient, s’attelle à faire vivre ces petits établissements. Par ailleurs, les établissements qui accueillent les enfants handicapés -moteurs, sourds, aveugles - font l’objet d’une attention toute particulière.

Avec les interminables guerres qui frappent la région, causant des milliers de morts et de déplacés, beaucoup d’écoles ont dû temporairement ou définitivement fermer. L’œuvre persiste néanmoins par le développement de l’enseignement à distance, à s’attacher à sa vocation initiale.

Un souci constant d’éducation

Depuis 2014, la direction de l’œuvre d’Orient organise un colloque international autour d’un thème qui réunit responsables et acteurs de l’enseignement. Le dernier, « transmettre dans l’épreuve », a eu lieu en Egypte en 2025. Des échanges qui permettent de partager des actions éducatives au-delà des frontières. Une revue académique, « Perspectives & Réflexions », aborde également chaque année un thème différent.

L’Institut chrétiens d’Orient, créé en 2020, dispense également un enseignement universitaire précieux sur l’histoire et les réalités des chrétiens d’Orient à environ 150 étudiants chaque année.

Des écoles qui signifient un avenir possible

Au siège, dans le bureau du directeur, reliés en volume cartonnés, les bulletins de l’œuvre sont soigneusement rangés. Un véritable trésor.

 Dans l’un de ses derniers éditorial, Mgr Hugues de Woillemont, le directeur de l’œuvre d’Orient rappelle que : « ces écoles catholiques forment des jeunes capables de vivre ensemble, et qu’elles transmettre une culture de dialogue. » Une continuité de 170 années, synonyme d’avenir pour beaucoup d’enfants dans le monde oriental.

Luc Balbont