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«Si les jeunes tournent le dos à l’Église, c’est que nous ne sommes pas à la hauteur»

Constat d’un jeune prêtre maronite

Ordonné en 2018, à l’âge de 26 ans, Marcelino Assal est le plus jeune prêtre du caza de Batroun (Liban-nord). Barbe noire et carrure de rugbyman, il s’occupe de trois paroisses, dont celle de Kfar Hay. Le couvent de ce village perché dans la montagne est un lieu historique, puisqu’il s’agit du premier Patriarcat maronite, fondé à la fin du VIIe siècle. Peu s’y arrête. L’endroit est austère. Sans cafeteria, ni groupes touristiques, il abrite les reliques de son fondateur, Jean Maroun, premier patriarche de cette confession, qui joue encore un rôle capital dans l’histoire du pays. De passage au Liban, les visiteurs lui préfèrent d’autres sanctuaires (Saint Charbel ou Sainte Rafqa). On peut donc y rêver en silence, sans craindre d’être être envahi par une foule agitée, et profiter du magnifique paysage qui l’entoure. Si la naissance du maronitisme commence en Syrie, au Ve siècle, c’est dans ce village libanais, que se structure cette Église orientale fidèle à Rome. Lorsqu’il célèbre à Kfar Hay, Marcelino Asaal ressent à chaque fois le poids de l’histoire, « comme une valeur qui le dépasse. »

De Kfar Hay à l’actuel patriarcat de Bkerké, au nord de Beyrouth, treize siècles ont passé. L’opportunité de se demander qui sont ces jeunes maronites aujourd’hui, ces moins de trente ans, qui n’ont pas traversé les quinze années de guerre civile au Liban, entre 1975 et 1990.

Enseignant dans un collège durant quatre ans, le P. Assal connait bien cette jeunesse libanaise, qui dans un monde globalisé, se détache de plus en plus d’une Église trop institutionnelle et souvent lointaine des préoccupations quotidiennes. « Chez nous, déplore Marcelino, beaucoup de prêtres se contentent de gérer les affaires courantes, de célébrer des cérémonies, sans réellement vivre auprès de cette jeunesse. Notre mission est d’établir des rencontres, qui ne soient ni des leçons de morale, ni des cours de catéchèse, mais de créer des actions pour provoquer des échanges. Nous ne sommes pas à la hauteur des attentes des jeunes. » Le P. Assal qui s’envolera bientôt pour Rome, où il suivra un cursus de doctorat, n’hésite pas à parler de « contre témoignage. »

Les habitants des villages dont il a la charge sont, en tous les cas, ravis de sa présence, et du contact permanent qu’il a avec les jeunes, frappés par les difficultés d’une crise sans fin.

Créer des chemins de randonnées, distribuer des colis, mobiliser face à la crise, préparer ensemble des fêtes religieuses, autant d’actions concrètes qui apprennent à vivre ensemble. « C’est aussi, ajoute le père Assal, une autre façon de mieux sentir l’Évangile. »

Dans ces villages accrochés à la montagne libanaise, Marcelino s’est efforcé de casser les clans et les habitudes tribales, deux pandémies dont souffre cruellement le pays du Cèdre. A force de persévérance, il a réussi à fédérer des jeunes qui s’ignoraient, et ne se parlaient pas. Aussi minimes soient-elles, ces ouvertures contribuent à la naissance d’une citoyenneté commune. « Ce qui était impensable au sortir de la guerre civile, avec des haines et des rancœurs tenaces, ancrées dans les esprits devient peu à peu possible, constate-t-il. Il existe aujourd’hui dans nos séminaires des formations spécifiques. »      

Découvrir son frère, reconnaitre et respecter ses différences, apprendre à travailler avec lui, l’écouter, ramène pour le prêtre à construire, peu à peu, une société civile durable, tout en se rapprochant de la parole du Christ qu’il enseigne chaque dimanche.