• Non classé

L’APPEL AU SECOURS D’UNE FRANCISCAINE POUR SAUVER SON DISPENSAIRE

Au début du printemps 2023, j’avais présenté Sœur Fikrte Mota Manaye dans un numéro du bulletin de l’Œuvre d’Orient (*1). Le combat qu’elle menait pour sauver l’établissement médical qu’elle dirige depuis 2016 en Éthiopie, m’avait impressionné… Nous n’avons jamais perdu le contact.

Entre les guerres, les violences tribales, la sécheresse, la pauvreté, la sœur franciscaine maintenait en état son dispensaire de Metehara, une ville située à 200 km au sud-est d’Addis-Abeba, en pays oromo. Un établissement de 24 salariés, dont 11 infirmières, qui reçoit chaque jour plus de 70 malades. A l’époque, la religieuse envisageait d’entreprendre des travaux nécessaires, pour que son dispensaire soit officiellement reconnu comme un hôpital par le gouvernement éthiopien. Une espérance stoppée nette par la décision du Programme alimentaire mondial, le PAM, de ne plus aider l’Éthiopie.

Alors que plus de 20 millions d’Éthiopiens souffrent aujourd’hui de la faim (1/5ème de la population), le Programme alimentaire mondial vient en effet de suspendre ses envois de nourriture à destination de l’Éthiopie. La raison ?  Un détournement frauduleux de cette aide dénoncé après une enquête menée par l’US Aid, l’Agence des États-Unis pour le développement international : le plus grand détournement touchant le continent africain avancent les experts. Le pays qui, en 2022, avait reçu 1,8 milliard de dollars d’aide, restait pourtant une priorité du PAM. Une décision onusienne catastrophique pour l’Éthiopie, qui sort de deux années de guerre civile au Tigré, frappé également par une période de sécheresse catastrophique. Plus que jamais, le pays a pourtant un besoin pressant du secours international pour éviter le pire.

Ces derniers temps, j’ai reçu plusieurs messages poignants de sœur Fikrte: « Ici, décrivait-elle il y une dizaine de jours, les familles ont un besoin urgent de nourriture et de médicaments. Nous ne pouvons pas nier que l’embargo décrété par les Nations -Unies nous pénalise plus fortement encore, qu’il dégrade davantage nos conditions de vie. Metehara est au bord du gouffre. Ne nous oubliez pas dans vos prières ».

Pour Sœur Fikrte et son équipe les difficultés s’accumulent. Aux manques de nourritures et de médicaments s’ajoute la désaffection du personnel, qui émigre pour fuir la misère environnante : « beaucoup de gens refusent de travailler dans un environnement qualifié de désertique par les autorités, constate la Sœur.Notre gouvernement avait pourtant décidé de verser une indemnité pour attirer les salariés, mais avec quoi la promesse pourrait-elle être tenue, vu l’état actuel de notre pays ? « Sans compter les conflits tribaux qui minent la région, zone à risques pour les autorités. Certains de ces miliciens blessés sont soignés par le personnel de la clinique. « Au nom de notre éthique, nous recevons tout le monde, sans discriminations ethniques, politiques ou religieuses. »  Le dispensaire de Metehara a un besoin pressant d’être reconnu comme hôpital. Le plus proche, situé à 70 km de là, est bien trop loin pour les familles. 

Le Programme Alimentaire Mondial devrait reconduire, après une réorganisation de sa distribution, son aide alimentaire. Le temps presse… En attendant, Sœur Fikrte «  improvise » dans la précarité la plus totale.

Luc Balbont

(*1) Bulletin N° 811