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« ON NOUS A APPRIS A SURVIVRE AVANT MÊME DE NOUS APPRENDRE A VIVRE »

RENCONTRE AVEC JOSYANE BOULOS, DIRECTRICE DU THEATRE « LE MONNOT » A BEYROUTH.

Depuis le 2 mars 2026, la guerre frappe durement le Liban. Plus de 2200 morts, dont de nombreux enfants. Au lendemain d’un fragile cessez-le-feu temporaire de dix jours, signé le 16 avril dernier entre le gouvernement Israélien et l’Etat libanais, quel sera l’avenir du Liban ?

 Josyane Boulos dirige « Le Monnot », un théâtre situé à Beyrouth, et malgré les destructions et les discours pessimistes, elle continue malgré tout, de tenir un discours d’espérance.

C’est en l’écoutant sur « France Info », la station française de radio d’informations continues, que j’ai découvert Josyane Boulos. Un témoignage percutant, et des mots qui insufflent une grande bouffée d’espérance. Dans un Liban meurtri, en crise et en guerre permanentes depuis son indépendance de 1943, et soumis depuis le 2 mars dernier à des bombardements israéliens incessants, dans un conflit importé par le régime iranien et le Hezbollah son allié islamiste libanais d’un côté, et par I ’armée israélienne soutenue par les Etats-Unis, de l’autre.

Directrice depuis 4 ans du théâtre « Le Monnot » à Beyrouth, elle a choisi l’arme de la culture pour résister à la barbarie ambiante. « Certains quartiers bombardés à Beyrouth sont proches de mon théâtre. Des amis ont péri, Ils n’avaient pourtant rien à voir avec le Hezbollah. Les premières victimes sont d’abord les Libanais, tous les Libanais, insiste-t-elle. »

Après plus de cinq semaines de combat, le bilan provisoire faisait état de 2200 morts, dont beaucoup de civils et de nombreux enfants, victimes innocentes de ce pilonnage. 

Malgré le cessez-le-feu annoncé, les bombardements israéliens persistent, et le Hezbollah libanais refuse toujours de négocier : « ce n’est pas au Hezbollah de négocier, mais au gouvernement libanais, s’emporte la directrice « du Monnot. » Avant d’être chrétiens ou musulmans nous sommes d’abord libanais, tous libanais, chiites, sunnites ou chrétiens. Nous en avons assez de ces milices qui nous imposent leur violence, et nous dictent leur loi. »

Josyane Boulos vit au milieu de cette tragédie, avec ses deux grands enfants, dont une fille autiste. Sous sa direction, le Monnot s’est considérablement développé. « Nous avons 7000 ans d’histoire. Quoi qu’on en dise, les Libanais sont des gens cultivés et pacifistes. »

Née à Beyrouth en 1962, Josyane a immédiatement travaillé après l’obtention de don bac. « J’avais 19 ans. J’ai eu l’opportunité d’animer durant 10 ans des émissions culturelles à la télévision libanais grâce à mon père qui y travaillait. » Blessée en 1990 durant les quinze années de guerre civile libanaise (1975-1990), elle s’est exilée à Chypre durant presque deux années, mais elle est revenue à Beyrouth, sa ville natale, dont elle ne peut se passer. Pour vivre, elle a travaillé dans l’évènementiel, avant de louer les deux salles du théâtre Monnot à l’Université Saint Joseph de Beyrouth, qui en est le propriétaire. Directrice de théâtre !  Un poste dont elle avait souvent rêvé : « recevoir des gens, leur faire découvrir des textes, des acteurs leur transmettre des émotions est un acte de résistance fort pour lutter contre la terreur… » En 2025, le Monnot qui privilégie un théâtre populaire, sans tomber dans la facilité pour autant avait accueilli, malgré une situation précaire, plus 60.000 personnes. Un signe tellement significatif pour Josyane Boulos.

Le Liban peut-il devenir enfin une Terre de Paix au lendemain de ce fragile cessez-le-feu temporaire ? Josyane Boulos l’espère, « on s’est sorti de tant de déboires »,et ce matin, elle m’envoie ce texte, rêvant d’un Liban « où les routes ne seraient plus des frontières mais des liens…Où le peuple vivrait ensemble sans haine…Un pays pas parfait, pas miraculeux, mais entier. »  

 lire blog : https://josyaneboulos.blogspot.com