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UNE JEUNESSE PRÊTE A REPRENDRE LE PAYS EN MAIN

Journaliste au quotidien francophone « L’Orient-Le Jour », Lamia Sfeir Darouni vient d’enquêter sur ces jeunes Libanais qui, malgré les crises successives, l’explosion du 4 août 2020, l’immigration galopante, la pauvreté continue, et la corruption endémique, croient encore à l’avenir de leur pays. Un premier article paru en juin, suivi d’un second à paraître fin novembre, qui vont à contre-courant du constat morose, voir mortifère, décrivant le Liban actuel.

« J’ai quitté une seule fois le Liban pour vivre entre 1988 et 2005 dans un pays du Golfe, raconte la journaliste. Mais dès que les Syriens qui occupaient le pays sont retournés chez eux, je suis revenue dans ce Beyrouth, qui me manquait tant. » Aujourd’hui, Lamia vit toujours dans ce pays truffé de défauts, mais qui lui colle à la peau.

C’est parce qu’elle en a eu assez de lire et d’entendre un peu partout ces reportages négatifs, qu’elle a entrepris ce tour d’horizon.  Durant des mois, elle a rencontré et interrogé des garçons et des filles, pour mieux comprendre leur état d’esprit face à la situation catastrophique que traverse leur pays. « Fin 2019, explique Lamia, une révolution pacifique les avait poussés dans la rue, pour en finir avec cette corruption, et ces chefs de clans qui gangrènent le pays. La crise sanitaire, l’explosion du port, et l’hostilité aux réformes des familles dirigeantes, avaient hélas mis un terme à leurs espoirs. »

Après des semaines de travail, Lamia conclut que cette « génération ne ressemble plus à la précédente. Même ceux qui vivent à l’étranger, ont l’envie de de revenir pour prendre leur destin en main. »

« L’explosion du 4 août a tout changé, » confie l’un de ces interviewés. En observant ces groupes au milieu des gravats, qui continuaient d’entreprendre, le garçon, de passage au Liban pour des vacances, a éprouvé le sentiment d’appartenir vraiment à cette nation, et de quitter la France où il vit, pour venir reconstruire son pays.

Voir tous ses amis continuer à lancer des projets d’avenir dans un environnement pitoyable, a aussi redonné espoir à cette jeune fille : « Grâce à eux j’ai compris, dit-elle, que le Liban avait besoin de nous, pour le relever de ses ruines. »

Tout au long de son travail, Lamia recueille impressions et émotions qui lui confirment, que les jeunes Libanais ne veulent pas tous émigrer : « Ce sera long mais le pays est en train de changer, lui assure cette beyrouthine, de 23 ans. Et que dire de ces garçons rencontrés dans une rue de la capitale, près du musée Sursock, haut-lieu de la culture libanaise : « J’ai une double nationalité, lui confie l’un des jeunes, mais même si j’ai la possibilité de vivre en Europe, je ne veux pas laisser mon pays entre les mains de criminels corrompus. » 

Si un grand nombre de jeunes, chrétiens comme musulmans, sont tentés par l’exil pour échapper au désastre, Lamia Sfeir  Darouni croit en cette génération : « Les médias, locaux comme étranger ignorent que la nouvelle génération, éduquée, formée et polyglotte est différente de celle de leurs parents. Elle n’a pas connu la guerre, et a vécu dans une ambiance de convivialité. Le pays peut miser sur elle. »… Reste à savoir si les chefs de partis au pouvoir les laisseront prendre le pays en main ?

Luc Balbont