à propos de ce blog

Luc BalbontNé le 23 avril 1949, journaliste. Arabisant, Luc Balbont vit depuis 1989 entre la France et le Liban, pays où réside sa famille. En 40 ans de journalisme il a couvert une grande partie des évènements et des bouleversements du monde arabe, de la guerre du Liban (1975-1990) aux révolutions arabes de 2011. Il a reçu en 2006 le prix « Reporter d’espoir » pour des reportages effectués en Egypte et en Palestine, et le prix littéraire de l’œuvre d’Orient en 2012, pour le livre « Jusqu’au bout » (Nouvelle Cité), entretiens avec Mgr Casmoussa, archevêque syriaque catholique de Mossoul. Il est actuellement correspondant à Beyrouth pour le quotidien francophone algérien « Liberté ».

Un lien de tendresse au cœur de la montagne libanaise

Haïfa , la cuisinière syrienne

Les fêtes sont passées, mais leurs visages restent. Comment oublier Rola et Houda ? Leurs sourires bienveillants, accueillant l’intrus venu perturber leur intimité.

Rola, 13 ans, et son regard lumineux, qui semblait me dire : « sois rassuré ! Tu es le bienvenu ici ! » Je lui ai demandé son nom, son âge, et si elle travaillait bien à l’école ? Bernadette, la directrice du Lien de Charité, l’association qui les accueille, a répondu pour elle : « elle a 18 sur 20 de moyenne ». J’ai bêtement bredouillé quelques mots d’encouragement. La gamine a rétorqué par un petit signe de tête. Puis elle a ceint ses cheveux d’un bandeau noir, sans dire un mot.

Face à elle, Houda sa sœur, 11 ans, attendait, les genoux repliés sous le menton, visage clair et rayonnant, regard espiègle, cheveux mi- longs, noirs, en bataille, les draps remontés jusqu’au cou. Une atmosphère d’une douceur extrême régnait dans la chambre. J’aurai tant voulu leur dire … Mais les mots ne venaient pas.

Rola et Houda ont une mère absente, repartie dans son pays, le Sri-Lanka, abandonnant ses filles à un ex-compagnon libanais, qui a refait sa vie. L’homme les accueillait chez lui, de temps à autre, par devoir. Depuis quelque temps, les ponts sont rompus, plus de nouvelles. Les petites n’ont même plus d’identité. Sans nom, elles passent leur journée au « Lien de charité ». Elles y ont trouvé la famille qu’elles n’ont plus. Elles s’y sentent entourées, valorisées, protégées. Bernadette la directrice est aux petits soins pour elles, et Haïfa, l’employée syrienne les couvre de tendresse.

Mohamed, 4 ans

Orphelines, abandonnées, réfugiées, ou simplement mal aimées. On les appelle des cas sociaux… « Cas sociaux »,  Je me demande si nous ne le sommes pas tous. Je me sentais bien petit à côté d’elles, bien impuissant aussi. Je voulais leur parler, entendre le son de leurs voix, je n’avais pas envie de repartir. La porte une fois franchie, je savais pourtant, que je ne les reverrai pas.

Dans la chambre à côté, dormaient deux petits Syriens. Le premier âgé de 6 ans ; le second, plus jeune encore. Leurs parents ont disparu. Peut-être partis dans un autre pays. Reviendront-ils les chercher ? La guerre ravage leur pays.

Ici, dans cette maison, la volonté du docteur Emile Fakhri, et l’opiniâtreté de Philippe Laigo, les responsables français venus soutenir pour quelques jours l’équipe libanaise, soulèvent des montagnes.

C’est grâce à cette collaboration entre les deux pays, que ces enfants échappent à la sauvagerie et aux agressions extérieures.

Ils sont nourris, habillés, scolarisés, considérés. Ils savent, qu’au-delà de tout, ils sont les enfants de gens qui les aiment, qui en prennent soin, qui tremblent pour eux. Rola, Houda, et ces petits syriens  ne seront jamais délaissés …

Sait-on vraiment ce qu’apportent à l’humanité ces centres de tendresses, qu’on qualifie de charité ?
Luc Balbont

« Lien de charité » – France – Liban
En France : Contact@lien-de-charite.org – Tél : France – 02 97 54 00 53