à propos de ce blog

Luc BalbontNé le 23 avril 1949, journaliste. Arabisant, Luc Balbont vit depuis 1989 entre la France et le Liban, pays où réside sa famille. En 40 ans de journalisme il a couvert une grande partie des évènements et des bouleversements du monde arabe, de la guerre du Liban (1975-1990) aux révolutions arabes de 2011. Il a reçu en 2006 le prix « Reporter d’espoir » pour des reportages effectués en Egypte et en Palestine, et le prix littéraire de l’œuvre d’Orient en 2012, pour le livre « Jusqu’au bout » (Nouvelle Cité), entretiens avec Mgr Casmoussa, archevêque syriaque catholique de Mossoul. Il est actuellement correspondant à Beyrouth pour le quotidien francophone algérien « Liberté ».

L’appel à une morale universelle partagée du P.Chihade Abboud, prêtre syrien

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Signe d’amitié reçu ce matin de Syrie: juste quelques mots du P. Abboud envoyés par texto, qui m’incite a reparler du travail de ce prêtre, intellectuel, poète et juriste grec-catholique (*1), rencontré à Damas, l’été dernier. Portrait.


Derrière une apparence bonasse se cache une personnalité déterminée. Abouna Chihade (*2), 39 ans, n’hésite jamais à bousculer les conservatismes du christianisme oriental, quand il le faut. En 2004 par exemple, il avait insisté pour être ordonné prêtre dans l’église de Jadidet Artous, son village natal, près de Damas, et non au patriarcat melkite situé au cœur de la capitale, comme le veut la tradition. Une décision qui avait suscité de nombreuses réactions de la part des anciens, mais qu’il n’a jamais regretté: « Je tenais a partager ma nouvelle vie, avec ceux qui m’avaient vu grandir, mes parents, mes voisins, mes amis.”  Juriste, penseur, poète, le P. Abboud exprime aussi sans ménagement sa déception, lorsque les patriarches diffusent un communiqué diplomatique, qu’il juge trop mou, au regard de la situation douloureuse vécue par les Eglises orientales: “ si les chrétiens syriens en cette période de guerre n’ont pas de chefs forts pour les défendre, ils émigreront davantage. Les familles partent, lorsqu’elles n’ont plus d’espoir

Après trois ans d’études universitaires en Italie, où il obtient un doctorat en droit canon, il occupe aujourd’hui, à Damas, un poste de juriste religieux: “ chez nous, si nous respectons la constitution, nous pouvons faire valoir nos droits communautaires dans des tribunaux religieux, explique-t-il.” Chihade Abboud y défend non seulement sa communauté melkite, mais conseille aussi les Eglises maronite et Syriaque catholique.

Le P. Abboud aimerait voir émerger un début de citoyenneté syrienne mais, déplore-t-il, “ Notre Constitution y fait obstacle. Les articles 3-1 et 3-2 stipulent que le président doit être obligatoirement musulman, et pose la chari’a, le droit musulman, comme source principale de toute législation. A partir de là, peut-on parler d’une citoyenneté pour tous ? (*3)” Contrairement au Liban voisin, où monte depuis quelque temps un élan de société civile, la Syrie accuse un retard évident en la matière. Quarante ans de dictature et six ans de guerre continue ont détruit les esprits critiques.

Entre chrétiens et Musulmans le P. Abboud croit et insiste sur le dialogue de vie, et appelle les croyants à partager une “ morale universelle.» Il s’emporte aussi contre la vision naïve des relations islamo-chrétiennes, et recommande“ la fermeté contre ces imams au double discours : conciliant en public, mais qui, dans leur village, leur quartier, envoient des gamins faire le jihad. Le dialogue de complaisance est une aberration.. »

L’éducation est seul domaine où il reste un mince espoir », martèle le prêtre, et  les écoles chrétiennes y ont un rôle déterminant.. » C’est pour cette raison, que le P. Abboud  a mis en place, avec un cercle d’amis, un système de parrainages, qui permet à des jeunes défavorisés, d’aller jusqu’au bout de leurs études. “ Tous les parents du monde désirent donner à leurs enfants la meilleure éducation possible, dit-il.” … Des propos où l’on retrouve ce principe de l’éthique universelle partagée, si cher au P. Abboud.

 

Luc Balbont


(*1) Voir dans ce blog mon journal de Syrie (Sept. 2016). Les grecs-catholiques sont aussi appelés Melkites.

(*2) Abouna : père en arabe

(*3) Constitution de 1973, révisée le 26 février 2012 – Article 3-1. La religion du président de la République est l’islam – Article 3-2. Le droit musulman est la source principale de la législation.